La presse en parle...

Rachid Akbal crée Alger Terminal 2

A force de tourner autour de l’Algérie, rien d’extraordinaire à ce que le comédien Rachid Akbal y tombe à pieds joints, corps et âme liés. Son nouveau spectacle Alger Terminal 2 achève la trilogie entamée depuis plusieurs années avec Ma Mère l’Algérie et Baba La France. Pour y prendre en pleine figure la pure émotion de l’exilé qui retrouve au pays la réalité du pays qui le fonde.

Jusque-là, Rachid Akbal parlait d’exil, à tel point que sa longue carcasse d’acteur s’y confondait. Comédien algérien avec des racines plus solidement accrochées au sol français qu’à celui de ses parents immigrés, il a rendu un hommage émouvant à son père et à sa mère dans Ma Mère l’Algérie et Baba la France, produits par la Compagnie Le Temps de Vivre, dont il est directeur artistique. Le fil des origines l’attachait peu à peu à voir de l’autre côté du miroir dans l’Algérie d’aujourd’hui, celle qui s’est construite sans lui, avec la somme d’interrogations qu’on devine. (…) Rachid Akbal nous l’avait annoncé, il y a quelques mois lors du festival d’Avignon : Alger terminal 2 serait sa prochaine destination théâtrale.

C’est chose faite et nul doute que si les premières pièces ont rarement été vues sur des scènes algériennes, celle-ci pourrait bien propulser Rachid vers un pays qui vibre avec tant d’intensité en lui. Il suffit de voir la lumière de son regard quand il nous en parle pour en être sûr. Le partenariat de la Maison de la Culture de Béjaïa est un autre signe concret qui ne trompe pas. En deux mots, le spectacle est l’histoire de Kaci, de retour en Algérie, mais qui n’ose pas sortir du hall de l’aéroport d’Alger. « Kaci, explique l’auteur, est un fils de l’immigration. Il a aujourd’hui cinquante ans ; il cherche encore sa place et son appartenance. Notre spectacle interroge la place de l’homme dans ce monde égaré ». Kaci est venu à Alger chercher une femme pour son fils, mais c’est le souvenir d'Aïcha, son amour de jeunesse en Algérie, qui s’invite. Il parle à des jeunes filles voilées de la France d’aujourd’hui, mais se retrouve soudain en 1982 dans le bordel de Berrouaghia en Algérie. Bousculer l’intemporalité pour mieux questionner l’instant. La scène, espace du temps présent, s’ouvre avec constance sur le monde de l’immatérialité où s’agitent les souvenirs de Kaci.

Ce va-et-vient de la pensée et des souvenirs, face à la présence d’une Algérie bien d’aujourd’hui, est la force du spectacle servi par un texte toujours très fort d’Akbal. Enfin, la nouveauté pour Rachid Akbal, comme Fellag sur un autre registre, est qu’il est accompagné d’une comédienne : Margarida Guia, également musicienne. Le spectacle est mis en scène par Julien Bouffier.

Alger terminal 2 sera joué du 8 au 13 février au Hublot, à Colombes, puis du jeudi 18 au dimanche 21 février à l’Espace 89, à Villeneuve-la-Garenne. Alger Terminal 2 vient de recevoir le soutien de la direction des affaires culturelles (DRAC) Ile-de-France - Ministère de la culture et de la communication dans la cadre de l'aide à la production dramatique.

Walid Mebarek - El Watan – 1er février 2010


Trilogie Algérienne


Il y a quelques années, le comédien algérien Rachid Akbal avait décidé de se tourner vers l’oralité. Cela donna un conte, paradoxalement rude et doux, sur le giron maternel, intitulé Ma mère l’Algérie.

Directeur artistique de la compagnie Le Temps de Vivre, il empruntait alors son art scénique à divers registres féconds : théâtre classique et contemporain, récit, conte populaire, poésie… Émouvant dans cette histoire, il rappelait depuis le fécond spleen de l’exil, au féminin, l’histoire de ses ancêtres, et la vie difficile mais souriante de l’Algérie d’antan.

Il continua par la suite avec un deuxième bouleversant témoignage, celui du père. Cela donna Baba la France, créé en 2007, qu’il a donné encore avec succès au théâtre La Luna à Avignon, durant ce mois de juillet 2009. Il fait là œuvre de comédien époustouflant, de danseur virevoltant, d’humanisme encourageant. L’expression est ici à son paroxysme pour rendre hommage aux « pères », sinon à son propre père immigré en France dans les années 50. Au début du one man show, un homme part à la recherche de l’endroit idéal où il pourra enterrer le souvenir de son père, disparu sur une route de France pendant la guerre d’Algérie du fait de son engagement avec le FLN. A partir de cette simple et douloureuse ébauche, il va se souvenir de cet Algérien « indigène », qui a rejoint la « mère patrie » en 1948. La mémoire tendre et heureuse se juxtapose aux éléments plus durs d’une histoire qui a heurté tant d’Algériens, et leurs descendants. Violent, drôle malgré tout, onirique parfois, le jeu de Rachid Akbal fait ressurgir un passé enfoui.

Le texte, co-écrit avec Caroline Girard vient de paraître en France aux éditions Acoria, dirigé par Caya Makhelé, présent à Alger lors du Panaf’ (lire entretien dans El Watan du 15 juillet 2009).

Dans le troisième volet à venir, Alger Terminal 2, le personnage de Baba La France, Kaci, rentre malgré lui au pays, après 25 ans d’absence, chercher une femme pour son fils plongé et figé dans la pratique musulmane. Bloqué à l’aéroport d’Alger, il organise des rencontres avec des filles voilées de sa famille… A partir de cette situation, le personnage part dans des digressions sur ces années algériennes de jeunesse. Il se souvient des arbres qu’il était allé planter lors de son Service national. Un épisode de la jeune Algérie aujourd’hui oublié, comme l’élan juvénile qui l’animait alors. Dans cette mémoire qui se déploie, il y a aussi l’interdit, qui prend le visage d’un amour de jeunesse, la jeune Aïcha, prostituée. Dans ses recherches il apprend qu’elle a été tuée lors d’un massacre pendant les années de terrorisme, en 1997. L’Algérie est-elle à bout de souffle, alors que la démocratie n’a pas rempli toutes ses promesses après des décennies de fermeture ? C’est là toute l’interrogation doucereuse sur l’évolution d’un pays, l’amour qu’on lui porte, ses impasses et les ouvertures espérées. Une œuvre tellement utile. Ce spectacle est la promesse que la parole reste vive.

Walid Mebarek - El Watan – 30 juillet 2009