Note d'intention finale

Kaci est de retour en Algérie, mais il n’ose pas sortir du hall de l’aéroport d’Alger.

Son arrivée ressemble à celle d’un jeune Harraga qui, après avoir fui l’Algérie, échoue sur une plage d’Italie ou d’Espagne.

Exploiter en permanence le va et vient d’images qui s’entrechoquent. La vidéo brouille la carte des frontières ténues entre réalités et fictions. Montrer la nature de la dualité du couple Algérie/France. À chaque moment, le texte glisse de l’un vers l’autre, comme entre le corps et l’âme.

Kaci, le fils de l’immigration, a aujourd’hui cinquante ans ; il cherche encore sa place et son appartenance. Il erre dans les plis de ses souvenirs.

Kaci est venu à Alger chercher une femme pour son fils, mais c’est le souvenir d’Aïcha son amour de jeunesse en Algérie qui s’invite. Il parle à des jeunes filles voilées de la France d’aujourd’hui mais se retrouve soudain en 1982 dans le bordel de Berrouaghia en Algérie.

Bousculer l’intemporalité pour mieux questionner l’instant. La scène, espace du temps présent, s’ouvre avec constance sur le monde de l’immatérialité où s’agitent les souvenirs de Kaci.

La musique live, portée par une chanteuse/musicienne, est une des clés du sensible ; elle est aussi source du trouble. Univers sonore, elle se conjugue avec la vidéo, dessinant un cadre pour happer et tordre le discours.

À l’heure de la mondialisation, du flux et du refus, à l’heure où le spectre du retour à la nation surgit comme seule réponse à la marche inévitable d’un monde métis, notre spectacle interroge la place de l’Homme dans ce monde égaré.

Kaci sort de l’aéroport d’Alger. A la question « et vous, êtes-vous musulman ?», il répond par un long cri d’amour pour le pays sans frontière, celui qui est à l’intérieur des gens.

 

 

Rachid Akbal et Julien Bouffier