Note d'intention de l'auteur

Juste se poser des questions. Le théâtre est le lieu de la question.
Alors je m’interroge en me lançant des défis. Je considère ce texte comme un défi, j’emprunte un chemin où tout est possible, et je peux glisser où je ne veux pas aller. Il y a des dangers, mais je me laisse aller.

Comment parler de l’immigration, du mythe du retour et de l’identité, et de la guerre civile qui a saigné l’Algérie, tout ensemble ? Quel sens cela a de mélanger tout cela ? Et la religion, comment se situer face à la religion musulmane lorsqu'on se prétend progressiste humaniste, et qu’on est enfant de l’immigration maghrébine ? Tolérance et critique ! Oui mais encore ? Comment écrire sur la religion avec humour sans tabous ni retenue ? Si mon fils était un barbu, comment réagirais-je ? Comment éviter les clichés ? Comment dire, quels mots trouver ? Et pourquoi mêler des images ? Pourquoi un vidéaste ? Comment parler d’amour dans les replis des voiles ?

A vrai dire je ne savais pas que cela allait être une histoire d’amour ! Oui je pourrais dire que la véritable intention c’est de parler d’amour.
Une écriture chair. « La chair est corps, l’âme est flamme. » Victor Hugo. Faire corps avec l’Algérie. Me fondre en elle. Je ne pouvais conclure la trilogie sur l’identité qu’en identifiant l’Algérie à une femme. Alger Terminal 2 sera un long poème d’amour pour l’Algérie, et je
voudrais que le texte se termine comme une élégie, une longue plainte douloureuse.

Ecrire pour poser des questions sur les événements qui s’égrainent, et s’en tenir là. Il serait bien que les mots pénètrent les cœurs et les esprits, qu’ils émeuvent, qu’ils blessent et soignent tout à la fois. Mais n’apportent jamais de réponse. Ne jamais donner de réponse. Que les mots accusent, bousculent pour mettre les lecteurs et les spectateurs en action. Que de les entendre cela agite. L’Islam en France, écrivons, jouons-le ! La guerre civile en Algérie, écrivons, jouons-la ! Mais pas de réponses.

Ecrire comme un journal de route. Un reportage. Une histoire qui se rembobine. Des scènes qui avancent vite. On ne traîne pas. Pas trop de scènes. Une écriture hachée. Une écriture de reporter. Des phrases courtes. Des mots qui se répètent. Des mots image. Des mots sensation. Du sensationnel. Des mots émotion. De l’émotionnel. Une écriture langue. La langue française. Une langue algérienne. Une langue mixte. Une langue parabolique. Une langue qui emprunte à la joliesse de l’une et à la virulence de l’autre. Une langue pleine de dérision. Une langue qui joue avec la sonorité des mots. Une langue son.

Les images et la musique, une autre écriture.
L’écriture me guide vers le désir d’image pour rendre plus réels certains mots. Pour les ancrer dans une lecture qui serait comme celle d’un documentaire. Alger Terminal 2, je le vois comme un documentaire qui mêle fiction et réalité. Des moments vont être saisis sur le vif, des scènes vont être improvisées à partir d’un canevas. Offrir ainsi plusieurs textes pour les rencontres, des textes canevas. Ces scènes seront filmées en Algérie avec des comédiennes algériennes. Il y aura des images pour parler d’aujourd’hui avec en arrière-plan une fiction qui nous reflue vers hier. La musique sera présente en direct sur le plateau du théâtre. Pour l’instant je l’entends qui bruisse. Elle n’est pas encore fontaine.

Pourquoi écrire pour un comédien seul ? Pour clore le triptyque. Les deux premiers sont aussi des monologues sous forme de récit. Parce que c’est plus cohérent une seule voix qui s’interroge et se souvient, se laisse drainer par les souvenirs.

Rachid Akbal