Extrait
La terre m’aspire.
La terre m’aspire, elle veut encore de moi
Elle n’a pas honte de moi
Je me souviens.
Je suis la femme.
Je me souviens.
Je me souviens de mon corps
Celui ci n’est pas le mien
C’est celui qu’ils m’ont offert
Mon corps est plus beau
C’est celui que tu as aimé il y a longtemps dans la grotte
Kaci
Les loups
J’entends encore les loups
Ils descendent de la montagne
Ils descendent vers Relizane
Le vent tremble au nom de leur Dieu
Relizane tremble aussi
Cachés, dans la maison, insouciants, les enfants rient
Ils se racontent d’autres histoires
Les enfants rient
Kaci
Je serre dans ma main ton porte bonheur
Kaci
Je n’ai pas peur
Les loups se rapprochent de Relizane
Les autres femmes tendent les mains vers Dieu
Moi Kaci je ne prie pas
Je n’ai pas peur
Leur Dieu contre Dieu
Le combat est inégal
Les loups reniflent autour de la maison
Les loups cherchent leurs proies
Les loups aiguisent leurs couteaux
Les enfants chuchotent dans le noir
Je n’ai pas peur
Le souffle de leur Dieu brise la porte
Je n’ai pas peur
Les autres femmes supplient
Nous sommes du même sang
Nous sommes de la même chair
Réveillez-vous !
Revenez à votre terre !
Revenez à vos racines !
Mais pourquoi ?
Kaci
Je ne sens pas la lame de leur couteau sur mon cou
Je ne sens pas mon corps se fissurer, se déchirer
Mon sang coule
Pourquoi !
Je ne suis pas morte
Les loups ne m’ont pas trouvé
Je me suis réfugiée dans un endroit qu’ils ne connaissent pas
Chut !
Je suis au fond de l’humanité qui vit en moi
La terre m’aspire
La terre m’aspire
Kaci
Si tu reviens un jour en Algérie mange de la terre
Tu mangeras un peu de moi