Festival hybrides 3

Publié le par algerterminal2

Alger terminal 2 a été programmé au théâtre Jean Vilar à Montpellier (29 et 30 mars 2011) dans le cadre du 
Festival Hybrides 3.
Hybrides se définit comme un festival de théâtre documentaire, un théâtre qui regarde, écoute les bruits du monde. Nous partageons l'idée, bien au-delà de l’Algérie et du monde arabe, que la lutte pour la vie, cette incontrôlable soif de dignité et de liberté est irréversible. 

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Bruno Tackels 07/04/2011 17:51


Il est algérien, mais il est né en France. Il retourne au pays pour le mariage de son fils. Un mariage musulman, dans la pure tradition. Lui qui n'est plus croyant, il ne comprend pas pourquoi son
fils est devenu si raide, fermé au monde. Il est bloqué, il peut donc lui écrire, lui demander, chercher à comprendre le fossé qui les sépare, si ce n'est pas un abîme. Peu à peu il nous entraîne
dans son histoire, sa jeunesse passée, les plantations d'arbres, les prostituées, l'ami assassiné. Un monde dur, une terre rouge impitoyable, à laquelle il adresse une dernier chant d'amour.
Hier, ce spectacle était présenté au Théâtre Jean Vilar, à la Paillade. En écoutant les mots de Kaci, écrits par Rachid Akbal, comme on s'arrache la peau, en entendant résonner les ondes puissantes
de cette autofiction, on comprend mieux comment le théâtre peut devenir un « média ». Ce qui se dit là sur la scène fait écho à la vie de milliers d'habitant de ce quartier mélangé. C'est pour eux,
en leur nom, que ce poème est écrit. Certes, il n'est pas toujours facile de leur faire savoir...
C'est à cette tâche là que s'est aussi attelé le Festival Hybrides en cherchant à rapprocher le théâtre de la réalité la plus immédiate. Si l'on parle de l'actualité, c'est bien pour que celle-ci
s'en empare. Alger Terminal 2, comme d'autres spectacles de la programmation, devrait pouvoir tourner dans tous les quartiers de France. Une initiative de salubrité collective.

(extrait d'empreinte N°3 - journal du festival - 30 mars 2011)


Elodie Ferrer 07/04/2011 17:47


La pièce commence comme un film ou plutôt comme un documentaire. L'écran installé au fond de la scène projette la bande-annonce de ce qui m'est apparu comme un cri d'amour pour un pays :
l'Algérie.
Rachid Akbal dans la peau de Kaci entre, chargé de sacs transparents vides mais bourrés d'air. Des sacs semblables sont éparpillés sur scène. Certains sont remplis de terre, d'autres d'objets et
cinq d'entre eux renferment des photographies de jeunes femmes voilées.
Margarida Guia, en charge de l'univers sonore, est assise en tailleur dans un coin de la scène. Elle ne sera ni trop ni pas assez présente durant la pièce. Car Rachid Akbal est avant tout un
conteur qui occupe la scène par sa seule présence.
Kaci, cinquante ans, fils de l'immigration, athée, en quête de son identité, retourne en Algérie pour trouver une femmes pour son fils converti à l'islam. Mais arrivé à l'aéroport, il n'ose quitter
le hall et ce sont les souvenirs de sa jeunesse qui remontent à la surface. Notamment celui d'Aïcha, jeune prostituée dont il était tombé amoureux. Il nous raconte sa vie dans la grotte avec celle
qu'il a enlevée et voulu sauver. Mais Aïcha est lucide et n'a pas peur de son sort. Elle se dit déjà « morte de l'intérieur ». Elle m'a fait penser à Nedjma de Kateb Yacine : le personnage enlève
et emmène Nedjma dans une grotte. Aïcha, c'est aussi l'Algérie. L'Algérie des « années noires ». « Kaci, si tu reviens un jour en Algérie, mange de la terre. Tu mangeras un peu de moi. »
Rachid Akbal nous livre une histoire qui n'est pas la mienne mais qui pourtant m'interpelle et me questionne. C'est bien plus que l'histoire d'un homme, c'est avant tout une recherche d'identité
qui peut toucher chacun de nous.

(extrait d'empreinte N°3 - journal du festival - 30 mars 2011)